Lizzy Strata

Des talons qui claquent, des robes qui se froissent. Comme une odeur entêtante de laque qui flotte dans la salle. La police est formelle : ce soir, le romantisme en prend pour son grade et les masques tombent. La suspecte ? Lizzy Strata ou deux chanteuses en cavale , épaulées d’un trio pour cette effraction musicale.

Mais point de torture dans cet attentat contre la paix des ménages. Juste du jazz et des mots. Des mots d’amour, des coeurs qui saignent.

Ne comptez pas sur Lizzy Strata pour faire du tapage : les héroïnes racontées ici n'ont pour armes que leurs voix pour raconter les trahisons, les coeurs brisés, les millionnaires qu'on attrappe et les séducteurs qu'on bichonne, les naïfs qu'on dépouille et les amoureux qui s'en vont. Dans cette petite fête en l'honneur des illusions perdues, c'est avec adresse et panache que Lizzy Strata convoque ses compositeurs de prédilection (Cole Porter, Kurt Weill, Boris Vian) et ses modèles féminins (Magali Noël, Billie Holiday, Teresa Stratas) pour remettre un peu d'harmonie (vocale) et de rythme (enlevé) dans ce grand bazar qu'est parfois l'amour.

Alors tels Lysistrata, figure tutélaire du groupe et héroïne d'Aristophane qui fomenta la première grève du sexe, ces cinq musiciens, amoureux du rythme et du texte, ne laissent à leurs victimes qu'une seule option : être irrémédiablement séduites et céder sans négociation à toutes leurs revendications.